Les Lupercales, décadentes Saint-Valentin

Les Lupercales, décadentes Saint-Valentin

La Saint Valentin n’a pas été inventée par des marchands de cartes postales. Si c’est effectivement de nos jours principalement un événement commercial, la Saint Valentin était avant tout une fête chrétienne qui trouva ses origines dans les antiques Lupercales.

Organisées sous l’Empire Romain, les Lupercales étaient des célébrations religieuses qui honoraient la divinité Faunus Lupercus. Souvent considéré par les Romains comme le fils de Saturne, Faunus Lupercus était le protecteur des troupeaux et surtout le dieu de la fertilité. Les Lupercales, en son honneur donc, se déroulaient dans la grotte du Lupercal où d’après la légende Rémus et Romulus aurait été recueilli par une louve.

La cérémonie se déroulait ainsi. Dans la grotte, accompagné par deux jeunes hommes chacun au torse nu et armé d’un fouet, un prêtre effectuait divers sacrifices. Après quoi, il coupait légèrement le front des deux garçons pour verser sur leur plaie du lait. Une fois ceci fait, les deux garçons sortaient en courant de la grotte pour rejoindre les rues de Rome où ils fouettaient sur leur passage toutes les jeunes femmes romaines qu’ils trouvaient. Le but était de renforcer la fertilité de ces jeunes demoiselles. Leur parcours terminé, un banquet était organisé où se déroulait également divers jeux. Un des plus connus consistait à une sorte de tirage au sort où les jeunes romaines mettaient leur nom dans une grande jarre qui était ensuite pioché par un jeune romain ; les deux jeunes gens avaient ensuite l’obligation de passer le reste de la soirée ensemble. Comme nous pouvons nous en douter avec les Romains, les Lupercales finissaient fréquemment en orgie.

 La fête fut définitivement arrêtée en 494 par le Pape Gélase Ier. Il décida, au lieu de célébrer la sexualité, d’honorer l’amour. Il conserva la date du 14 février pour cette fête des amoureux dont il donna pour Saint patron Valentin de Terni, un prêtre du IIIème siècle massacré par les romains pour avoir résisté à l’ordre de Claude II le Gothique de marier les chrétiens.

Pour faire la fête comme les Romains

HACQUARD G., Guide romain antique, Hachette, 1952

DUVAL Y.M., « La victoire de Rémus à la course des Lupercales chez Ovide » Caesarodunum 7, 1972

LIOU-GILLE B., Cultes héroïques romains : « Les Fondateurs », Paris

OVIDE, Les Fastes

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Les fraises de la défaite

Les fraises de la défaite

La défaite française à la bataille de Waterloo fut prononcée le 18 juin 1815. Elle marqua l’exil de Napoléon Bonaparte et le glas de son Empire. Cet échec est dû à de nombreuses raisons, mais arrêtons nous aujourd’hui sur un général qui a souvent été considéré comme le principal responsable de cette fin tragique : le général de Grouchy.

Quand Napoléon Bonaparte revint de son premier exil de l’île d’Elbe le 20 mars 1815, Grouchy fut un des premiers à lui renouveler sa fidélité. Dès son retour, les grandes monarchies européennes (l’Angleterre, la Russie, l’Autriche et la Prusse) s’allièrent une seconde fois pour chasser Bonaparte du pouvoir. La coalition de ces armées devait éradiquer rapidement la menace napoléonienne. Toutefois, l’acheminement de l’ensemble des soldats devait prendre du temps si bien qu’au début du mois de juin, seules les forces armées prussiennes et anglaises étaient prêtes au combat. Conscient du peu de temps qu’il lui restait avant l’arrivée des autres armées, Napoléon décida d’attaquer directement les forces ennemies stationnées en Belgique.

Le général Grouchy fut chargé le 16 juin de suivre avec 33 0000 hommes les avancées des armées prussiennes pour les empêcher de rejoindre les soldats anglais postés vers Mont Saint Jean et dont Napoléon devait s’occuper. Grouchy suivit peut-être de trop près les indications de Napoléon et ne se rendit pas compte qu’il ne poursuivait qu’une petite partie de l’armée prussienne. Comme le craignait Napoléon, le reste de l’armée prussienne retrouva à Waterloo les forces anglaises qui luttaient déjà contre les Français.

Le 18 juin, Napoléon vit ainsi arriver à Waterloo l’armée prussienne. Grouchy et ses hommes étaient stationnés à seulement quelques kilomètres de là et pouvaient entendre les bruits des canons. Les soldats de Grouchy réalisèrent leur méprise et supplièrent leur général de suivre le son des affrontements. Malgré les insistances de son aide de camp, Grouchy refusa de bouger ses troupes, affirmant qu’il recevrait les ordres de Napoléon au moment clé. Mais pourquoi donc Grouchy refusait-il de suivre les cris des armées françaises ? La légende affirme qu’il aurait en réalité préféré finir son plat de fraises.

Car Emmanuel de Grouchy fit plus que manger des fraises

CAPELLE Béatrice & DEMORY Jean-Claude, Maréchaux d’Empire, 2008

CORNET Marc, Grouchy : la malédiction de Waterloo, l’Harmattan, Paris, 2015

LOGIE Jacques, Waterloo : l’évitable défaite, 1988

PORTIER-KALTENBACH Clémentine, Grands Z’héros de l’Histoire de France, JC Lattès, 2010

Les empereurs de Chine et la Lune

Les empereurs de Chine et la Lune

Aucune des histoires ici racontées n’a été vérifiée ; il est très probable qu’elles soient toutes le fruit d’une imagination trop fertile. Ces légendes urbaines sont pourtant tenaces et nourrissent la mythologie des premiers hommes à avoir réellement marché sur la Lune.

La première histoire porte sur un empereur chinois de la dynastie Song du XIIIème siècle qui aurait décidé d’explorer lui-même l’astre plutôt que de se contenter de le regarder. Il se serait, pour ce faire, attaché à son trône sur lequel il aurait déposé une importante quantité de poudre. Grace à ce procédé, il entendait se propulser par l’explosion jusqu’à la Lune. Malheureusement, la poudre une fois allumée, le vaisseau royal n’aurait pas décollé d’un centimètre et le tout brula.

La deuxième légende est similaire. Plus tard, au XVIème siècle, l’Empereur Wan Hu des Mings aurait également voulu visiter la Lune. Ne voulant pas répéter l’erreur de son prédécesseur, Wan Hu aurait décidé de lier son trône à des fusées plutôt que d’y verser directement la poudre. Par rapport à l’empereur Song, le projet de Wan Hu connut quelques avancées ; le trône de l’empereur décolla mais il finit inéluctablement par bruler. En l’honneur de ce légendaire Wan Hu, un cratère de la Lune fut rebaptisé en son nom.

La chanson de Roland

La chanson de Roland

La chanson de Roland est plus qu’une illustration du genre littéraire de la chanson de geste. C’est une œuvre historique. Elle décrit le déroulement de la bataille de Roncevaux qui opposa l’armée des Francs aux Vascons en 778 (les Vascons étant une peuplade de la Péninsule Ibérique du VIIIème siècle). Si l’affrontement est réel, le récit qui en est fait reste purement fictionnel.

La chanson se concentre principalement sur le neveu de Charlemagne, Roland. Celui-ci, alors qu’il dirigeait l’arrière-garde des Francs, serait tombé dans une embuscade préparée non pas par des Vascons, mais par des Sarrasins. Le combat lui fut fatal. Avant de succomber à ses blessures, toutefois, Rolland parvint à prévenir Charlemagne et le reste de l’armée des Francs qui écrasèrent les forces sarrasines.

Le texte fut certainement rédigé trois siècles après les faits dans un contexte bien différent. Le XIème siècle marqua le début de la reconquête de l’Espagne musulmane ; l’Europe chrétienne était entièrement mobilisée par les croisades. La chanson de Roland se répandit en France par l’intermédiaire de troubadours venus galvaniser les armées. Pour s’adapter au contexte, les Vascons (qui s’étaient entre-temps convertis au christianisme et n’étaient donc plus considérés comme des barbares) furent transformés en musulmans Sarrasins. La bataille de Roncevaux, ainsi racontée, permettait de légitimer les croisades auprès des populations, inscrivant les luttes entre chrétiens et musulmans dans l’histoire française.

La chanson eut un impact durable sur la culture populaire. En littérature, le personnage de Roland survit à la bataille, devenant le symbole du preux chevalier chrétien. L’épée mythique de Roland, Durandal, marque, elle-aussi, le paysage français. D’après la légende, Durandal serait une épée contenant des reliques chrétiennes (une dent de Saint Pierre entre autres). Avant de mourir Roland sauva Durandal des soldats Sarrasins. Quant à ce qu’il advint de l’épée deux versions subsistent. Certains affirment que l’épée serait tombée au sol et, dans sa chute, aurait crée une brèche immense, communément appelée la brèche de Roland (localisée dans les Pyrénées). D’autres pensent encore que l’épée aurait été transportée à la mort de Roland par l’archange Michel jusque dans les roches de Rocamadours, où est d’ailleurs toujours visible une représentation de Durandal.

Pour être expert de la Chanson de Roland :

BORDONOVE, Les rois qui ont fait la France : Charlemagne, Pygmalion, 2008

BOYER Frédéric, Rappeler Roland, Editions P.O.L., 2013

FAVIER Jean, Charlemagne, Fayard, 1999

KELLER H.E., Autour de Rolland, Champion, 1990

LAFONT Robert, La Geste de Rolland. Espaces, textes, pouvoirs, l’Harmattan, 1991

La disparition inquiétante d’une tortue sacrée au Vietnam

La disparition inquiétante d’une tortue sacrée au Vietnam

L’histoire c’est chouette, et les légendes aussi. Sans recourir aux légendes, il aurait été difficile de saisir que la mort d’une tortue à Hanoï ce 19 janvier 2016 ait pu produire un tel impact sur la société vietnamienne.

La tortue a été retrouvée sans vie la veille du congrès du parti communiste vietnamien qui devait renouveler ses membres dirigeants. Certains Vietnamiens virent dans cette mort soudaine un mauvais présage et critiquèrent le maintien du Congrès.

La tortue appelée « arrière-grand-père » était appréciée au Vietnam. Elle vivait dans le lac Hoan Kiem à Hanoï. D’après des croyances populaires, cette tortue était, en réalité, la réincarnation du dieu Tortue Dorée (Kim Quy). Cette dernière serait apparue pour la première fois au XVème siècle à l’Empereur vietnamien Lê Thai To qui se promenait au bord du lac. La Tortue Dorée se serait alors adressée à l’Empereur et lui aurait remis une épée magique, capable de repousser l’envahisseur chinois et d’ainsi libérer le Vietnam. Jusqu’à ce 19 janvier 2016, des visites étaient organisées au lac Hoan Kiem pour voir la tortue, dont les apparitions étaient célébrées et considérées comme de bon augure.

L’autopsie de la tortue ne permit pas d’établir scientifiquement son âge. Certains affirmèrent qu’elle n’avait que 120 ans, d’autres 700 ans. Il n’empêche que la tortue, en tant que symbole de l’indépendance du Vietnam, fut embaumée et son corps repose désormais dans un temple sur un îlot du lac.

Si vous voulez en savoir plus sur cette Tortue et les légendes vietnamiennes en général :

SCHWEYER Anne-Valérie, Le Viêtnam ancien, Belles Lettres, coll. « Guide Belles Lettres des civilisations » 2005

Documentaire Arte – La Tortue sacrée du Vietnam : La légende du Hoan Kiem (janvier 2012)