Yasuke, le premier samouraï étranger

Yasuke, le premier samouraï étranger

Près de deux siècles avant sa définitive ouverture commerciale au XIXème (voir article sur la révolution Meiji), le Japon avait déjà accueilli des Occidentaux sur ses terres. Les Jésuites furent parmi les premiers à s’établir dans l’archipel japonais. Principalement présents dans les grandes villes japonaises, les Jésuites tentaient une conversion par le haut de la population en se rapprochant de la noblesse japonaise. Vingt ans après l’arrivée de François-Xavier à Kyoto, la communauté des Jésuites était bien ancrée dans l’archipel, leurs missions de conversion étaient régulièrement contrôlées par les autorités jésuites. En 1579, Alessandro Valignano, désigné inspecteur des campagnes en Asie du Sud, visita le Japon accompagné de son esclave Yasuke.

Yasuke était très probablement originaire du Mozambique ou du Congo. Il aurait été livré par les Portugais aux prêtres Jésuites qui, bien que condamnant l’esclavage en Europe, ne se privaient pas de la compagnie d’esclaves africains en Asie. Yasuke était le premier homme africain à pénétrer le Japon. Son arrivée à Kyoto en 1581 provoqua une émeute. Oda Nobunaga, maître de Kyoto à l’époque, fut informé de la présence d’un géant dans sa ville et l’invita dans sa maison. D’après les lettres du Jésuite Luis Fróis à Lourenço Mexia, Oda Nobunaga n’aurait pas cru que Yasuke fut réellement noir et il le força à se déshabiller et à prendre un bain. Ayant ainsi vérifié que Yasuke n’était pas recouvert de suie, Oda Nobunaga se lia rapidement d’amitié avec lui et mit un terme à son statut d’esclave. Il décida en 1581 de faire de Yasuke le premier samouraï étranger de l’histoire japonaise. Armé de deux sabres, Yasuke accompagna Oda Nobunaga dans tous ses champs de bataille.

Toutefois, cette période d’honneur fut brève. Oda Nobunaga avait au cours des décennies suivantes écrasé l’ancien shogunat des Muromachi en 1573 qu’il avait remplacé par un shogun pantin qui répondait à tous ses ordres. S’il n’avait que le titre de Daimyō, Oda Nobunaga était le réel dirigeant politique du Japon et il menait de violentes campagnes de répressions contre quiconque s’opposait à son autorité. La situation ne pouvait durer. Probablement encouragé par des concurrents Daimyōs, en 1582, Akechi Mitsuhide, un des généraux de Oda Nobunaga, trahit son maître. Il l’encercla avec ses armées au temple Honno-ji à Kyoto et contraint Nobunaga à performer le seppuku.

Pendant un temps Yasuke rejoignit les héritiers de Nobunaga pour lutter contre les ennemis, mais la résistance fut vaine. Akechi Misuhide battit les dernières armées de la famille Nobunaga et renvoya Yasuke aux Jésuites. Certainement redevenu esclave, Yasuke disparu alors de l’Histoire.

 

 

Pour tout connaître de la vie de Yasuke :

KANG, Etsuko Hae-Jin, Diplomacy and Ideology in Japanese-Korean Relations : From the Fifteenth to the Eighteenth Century, Palgrave Macmillan, 1997

SOLIER F., Histoire Ecclésiastique des isles et royaumes du Japon, 1627

TATSUYA N., Nihon no Kassen, Tokyo : Shufu to Seikatsusha, 1994

TURNBULL S. R., The Sumurai : a military history. Psychology Press, 1996

Meurtres et liaison extraconjugale: le règne tumultueux de Michel III l’Ivrogne

Meurtres et liaison extraconjugale: le règne tumultueux de Michel III l’Ivrogne

Michel III devint empereur de l’Empire byzantin le 21 janvier 842. Alors seulement âgé de deux ans, le jeune basileus est placé sous la tutelle de sa mère, Théodora, qui prend ainsi le titre de régente (Augousta). Aidée et conseillée de Théoctiste le Logothète et de son frère Bardas, Théodora rétablit le culte des images religieuses (icones) qui avaient été détruites pendant des années par des empereurs iconoclastes. La réintroduction des icones dans les églises permit ainsi une pacification de l’empire.

Le conseil de régence ne parvint pas toutefois à s’entendre longtemps. Le tenant responsable des échecs militaires byzantins, Théocite envoya Bardas en exil en 844. Le jeune Michel grandit ainsi sous la tutelle de sa mère et de Théociste. Ces derniers n’empêchaient cependant pas ses égarements. Lorsqu’il fut question de son mariage, Michel voulut épouser sa maitresse, Eudocie Ingérina ce que refusa sa mère et Théociste ce que ses tuteurs refusèrent. Ce refus fut très mal vécu par le futur empereur qui décida alors de s’allier avec son oncle exilé, Bardas, pour renverser le conseil de régence. Ainsi,  le 20 novembre 855, Théociste fut assassiné par Bardas et Michel. Quelques mois plus tard, Théodora et ses filles furent envoyées dans un monastère où elles finirent leurs jours.

Michel devint alors Michel III et confia à son oncle Bardas une grande partie des pouvoirs politiques de l’Empire. La débauche de Michel ne fit que fut plus grande. Au fil des années, Michel III se lia d’amitié avec un macédonien, Basile, qu’il fit progressivement monter dans les grades impériaux. Il ordonna même à son nouveau favori d’épouser sa maitresse de jeunesse, Eudocie Ingérina. (Cette décision pose, d’ailleurs, encore aujourd’hui des soucis aux historiens contemporains qui peinent à déterminer l’identité du réel père des enfants de Basile, le futur Léon VI le Sage notamment). Basile montant ainsi dans la hiérarchie impériale byzantine, concurrença l’autorité de Bardas. Les deux hommes voulaient se renverser et ce fut finalement Basile qui remporta la bataille ; en mai 866, il fit assassiné Bardas.

Basile devint le co-empereur de Michel III mais cela ne lui suffisait pas. Rapidement les deux hommes empereurs rompirent leur lien d’amitié et arrêtèrent tout contact. D’après certaines légendes, ce serait ensuite avec l’aide de sa femme Eudocie Ingérina que Basile fit assassiner Michel III alors que celui-ci était ivre. Basile devint alors le fondateur de la dynastie macédonienne le 23 septembre 867.

Il faut faire attention à qui on choisit comme associé.

 

 

 

Pour tout connaître de l’Histoire byzantine

CALMET Augustin, Histoire universelle, sacrée et profane depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours, 1767

CHEYNEY J.C. Le monde byzantin. Tome 2 : l’Empire byzantin (614-1204), PUF

EUTYCHIUS D’ALEXANDRIE, Le cordon des pierres précieuses, II, 67, (937/940)

L’accès au pouvoir de Catherine II de Russie

L’accès au pouvoir de Catherine II de Russie

 

Catherine II ne fut pas impératrice de naissance, née Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst en 1729, elle ne dut son accès au trône de l’Empire russe qu’à son propre zèle. À 15 ans, Sophie Frédérique épousa Karl Peter Ulrich, héritier direct de l’impératrice Elisabeth de Russie ; elle se convertit au culte orthodoxe et devient Catherine II.

Le jeune couple ne s’entendait pas. Karl Peter Ulrich délaissait son épouse au profit de quelques maitresses, refusant de lui donner un héritier. La jeune Catherine qui se consolait également auprès de nombreux amants, sur les conseils de l’impératrice Elisabeth, accoucha le 20 septembre 1754 d’un enfant illégitime qui fut pourtant reconnu par Karl Peter.

Karl Peter Ulrich avait toujours été proche des rois de Prusse. Lorsque la Prusse et la Russie rentrèrent en guerre en 1756, le futur héritier n’arrêta pas pour autant ses relations intimes avec l’ennemi. Certains affirmèrent même que Karl Peter était en réalité un espion prussien ; détesté par les élites russes, il reçut le surnom d«’Allemand ». L’impératrice Elisabeth, consciente des limites de son neveu, décida alors de se rapprocher de Catherine, en lui déléguant de nouvelles responsabilités. Rapidement, la relation entre les deux époux s’envenima.

À la mort d’Elisabeth le 5 janvier 1762, la guerre venait d’être remportée par la Russie. Karl Peter, devenu alors empereur Pierre III, décida, au grand mécontentement de la nation, de redonner l’ensemble des terres conquises aux Prussiens. À l’annonce de cette nouvelle, l’armée russe se révolta contre l’empereur, ordonnant sa destitution au profit de Catherine. Voyant qu’elle prenait une telle importance, Pierre III la consigna dans une province éloignée. Mais, accompagnée des soldats russes qui la soutenaient, Catherine retourna à Saint-Pétersbourg où elle fut accueillit directement par le Sénat et la foule qui la proclamèrent impératrice Catherine II. Le Coup d’Etat fut une victoire éclatante et quelques jours plus tard, le 17 juillet 1762, Pierre III fut assassiné.

Catherine II fut impératrice de Russie jusqu’en 1796. Elle dirigea l’Empire Russe avec force et étendit l’influence internationale de la Russie. Elle fut une souveraine autoritaire, mécène et aussi parfois libertine (des historiens affirment aujourd’hui qu’elle aurait fait construire un cabinet érotique dans son palais).

 

 

Pour en savoir plus sur Catherine II:

CATHERINE II, Memoirs of the Empress Catherine II, the Library of Alexandria, 1859

NEELS J. Catherine de Russie : impératrice libertine, Sauret, 1995

OLDENBOURG Z., Catherine II de Russie, Gallimard, 1966

TROYAT H., Catherine la Grande, J’ai Lu, 2001

Néron, Empereur, Artiste

Néron, Empereur, Artiste

Nombreux sont ceux à connaître l’empereur romain Néron pour sa décadence et ses accès de folie. Si effectivement, dès les premières années de son règne, Néron, se présenta comme un marginal, il fut également un grand mécène, voire même, un artiste.

Formé par Sénèque et les plus grands intellectuels de l’Empire, Néron fut initié dès sa plus tendre enfance au théâtre et à la musique. Une fois empereur, il s’entourait constamment de musiciens qui le suivaient du matin au soir. Son amour pour l’art était tel qu’il décida à son tour de s’y initier. D’après les sources contemporaines, Néron aurait eu une voix « faible et sourde », c’est pour cela qu’il décida de suivre quotidiennement de nombreux exercices respiratoires et de chants. Quand il se sentit prêt, il décida de monter sur scène. Il commença à Naples et eut assez de succès pour organiser de nombreuses autres représentations théâtrales à Rome dans lesquelles il jouait le rôle principal. Néron ordonna rapidement à l’intégralité des citoyens romains d’assister à ses pièces et les interdisaient de sortir du théâtre quelle que soit la durée de la représentation.

Cette interdiction, d’après Suétone dans Vie de Néron (XXIII) ne fut toutefois pas suffisante, ainsi, à chaque pièce : « beaucoup de spectateurs, las de l’entendre et de l’applaudir, sautèrent furtivement par-dessus les murs de la ville, dont les portes étaient fermées, ou feignirent d’être morts, pour se faire emporter ».

 

 

 

Pour tout connaître sur les frasques de Néron :

CIZEK Eugen, Néron, Fayard, 1980

MARTIN Régis, Les Douze Césars, du mythe à la réalité, Les Belles Lettres, 1991

PLINE l’ANCIEN, Histoire naturelle, Livre 30

SUETONE, Vie des Douze Césars, Livre XXII ,Chap 23

La fistule de Louis XIV

La fistule de Louis XIV

Au 17ème siècle, les célébrités étaient autant épiées qu’elles le sont aujourd’hui, le moindre faits et gestes des grands hommes étaient rapportés dans toutes les cours d’Europe. À l’époque, la plus grande des stars et celles dont tout le monde voulait entendre parler n’était autre que le roi de France, Louis XIV. Les soucis de santé de ce dernier intéressaient tout particulièrement l’intelligentsia européenne et ils étaient, à son plus grand bonheur, très nombreux.

Louis XIV avait une santé fragile et avait eu, au cours de son long règne, plusieurs maladies, comme une sinusite maxillaire gangréneuse qui l’empêcha de manger pendant un temps en 1676. Dix ans plus tard, à 48 ans, le roi fut pris d’un nouveau mal ; une fistule. Rapidement, il ne put plus monter à cheval et était transporté au cours de ses ballades par des porteurs. La souffrance de Louis XIV fut l’un des sujets favoris de la Cour et il devint évident que cette situation ne pouvait durer.

Le traitement du roi fut l’objet d’une grande polémique. Les fistules étaient connues depuis l’Antiquité, mais l’ablation de la fistule était souvent dangereuse et pouvait mener à d’importantes hémorragies. Au bout de plusieurs mois de débat, ce fut finalement le chirurgien du roi, Charles-François Félix, qui convint Louis XIV. L’issue de l’opération était cruciale pour le chirurgien qui y mettait en péril sa carrière et sa vie. Pendant des mois, Charles-François Félix s’entraînait sur des sans-abris – leur nombre est toujours inconnu, mais certains moururent.

« La Grande Opération » se déroula dans le plus grand des secrets à Versailles le 18 novembre 1686. Elle dura trois heures et fut un véritable succès grâce à l’invention de Charles-François Félix ; le scalpel-extracteur. La réussite de l’opération se célébra dans tout le royaume et il devint, pendant un temps, la mode parmi les nobles français de se faire retirer ses fistules. Plus généralement, le succès de Charles-François Félix permit une grande revalorisation de la chirurgie en tant que science.

Si les fistules sont votre nouvelle passion

HIPPOCRATE, Des lieux dans l’homme, XIII « Des Fistules », III

LIMIERS H.P., Histoire du règne de Louis XIV, Amsterdam, 1717

JACQUES A. & JOURDAN L., Dictionnaire des Sciences médicales -Biographie médicale, Paris, 1814

PEREZ Stanis, La santé de Louis XIV : Une biohistoire du Roi-Soleil, ed. Champ Vallon, 2007

Sappho et l’île de Lesbos

Sappho et l’île de Lesbos

La vie de la poétesse grecque Sappho reste encore aujourd’hui source de mystères et légendes. Sappho serait née vers 630 avant JC et aurait vécu sur l’île de Lesbos jusqu’à sa mort en 580 avt J.-C. . La chronologie de sa vie nous est presque entièrement inconnue. Sappho aurait eu deux frères, un mari qui se serait rapidement effacé de sa vie (probablement mort) et une fille du nom de Cléïs.

Des rumeurs concernant Sappho se répandirent dès la période classique (Vème siècle avt J.-C.), la tournant en une femme lubrique et cruelle. Les histoires concernant la poétesse ne firent que s’assombrir et poussèrent en 1073, le pape Grégoire VIII à interdire l’intégralité de son œuvre. Ce sont d’ailleurs ces bruits qui donnèrent naissance au sens actuel du mot « lesbienne » et « saphique ». Si ces rumeurs ne sont que médisances, il est vrai que Sappho passa une grande partie de sa vie entourée de jeunes filles avec lesquelles elle entretenait, parfois, des relations amoureuses et passionnelles.

Après s’être retirée en exil en Sicile (probablement vers 600 avant JC), Sappho serait retournée à Lesbos et y aurait fondé un cercle de poétesses appelé « la maison des muses ». Dans cette maison, les jeunes filles les plus brillantes de Grèce recevaient l’éducation de Sappho sur la poésie, le chant, le théâtre et la danse, tout en pratiquant le culte d’Aphrodite (déesse de l’Amour et de la Sexualité) et d’Eros (dieu du désir). Certains historiens considéraient cette école comme une forme d’institution préparant les femmes au devoir marital.

Les poèmes d’amours (à l’instar des « Adieux » copié ci-dessous) écrits par Sappho à l’adresse de ses élèves sont très certainement l’origine des futures calomnies la concernant.

 

« […]

Elle pleurait et me disait:

« Ah ! Saphô, terrible est ma peine.

C’est malgré moi que je m’en vais… »

 

Et je lui répondais moi-même:

« Pars en joie, souviens-toi de moi.

Ah ! tu sais bien comme je t’aime !

« Sinon, je veux te rappeler

Nos heures si belles, si chères,

(Les as-tu vraiment oubliées ?)

 

« Les guirlandes entrelacées,

Autour de ta gorge fragile,

Les fleurs adorables mêlées,

 

« Et le parfum mystérieux,

Les flacons de parfum royal,

Qui inondaient tes beaux cheveux,

 

« Et l’heure, où, sur un lit couchée,

Mollement et entre mes bras,

Tu calmais ta soif altérée… »

 

La poésie de Sappho ne laisse que peu de doute quant à la nature sexuelle des relations du professeur avec ses élèves. Toutefois, ce genre de relations doit être remis dans un contexte particulier. La pédérastie était commune chez les hommes antiques (voir César controversé). Plus particulièrement, les relations sexuelles entre élève et professeur étaient considérées comme un acte de formation.  Les liaisons homosexuelles de Sappho s’inscrivaient alors dans cette tradition antique.

Mais Sappho est malheureusement  trop souvent décrite comme une simple amatrice de jeunes filles ; elle révolutionna pourtant la poésie antique en inventant un nouveau système rythmique  (la strophe saphique) et en s’éloignant des thèmes traditionnels de l’époque, étant notamment l’une des premières à utiliser la première personne dans un poème. La sensibilité de ses poèmes amoureux inspira nombreux artistes et poètes, comme Baudelaire qui lui dédia ce poème « Lesbos » dans son recueil les Fleurs du Mal (cliquez-ici).

Si vous avez aimé la poésie saphique et la poétesse :

BAUDELAIRE Charles, ‘Lesbos’ dans Les Fleurs du Mal, 1857

CANTARELLA Eva, Bisexuality in the Ancient World, Yale University, 2002

CHARLET Jean-Louis, ‘Les mètres saphiques et alcaïques de l’antiquité à l’époque humaniste’ dans Faventia, 2007

HERODOTE, Histoires

LASSERRE François, Sappho, une autre lecture, Editrice Antenore, 1989

de LAMARTINE Alphonse, ‘Sapho’ dans Nouvelles méditations poétiques, 1790-1869

OVIDE, Héroïde

STRABON, Géographie