Hijras

Hijras

Les Hijras forment une communauté qui ne répond pas à la division binaire des sexes (hommes/femmes). Le plus souvent vêtus de vêtements traditionnels indiens féminins, les Hijras étaient des jeunes garçons qui ont été émasculé.e.s et qui par cette émasculation deviennent un troisième sexe.

La naissance de cette communauté en Inde a tout d’abord ses origines dans la religion. Les transgenres ont, de manière plus générale, une place particulière dans les textes sacrés hindous. Associés à la déesse Bahuchara Mata ainsi qu’à Ardhanarishvara (représentation mi-homme mi-femme de Shiva), les Hijras détiennent un rôle religieux important lors des mariages et naissances dans la mesure où la présence des Hijras (le badhai) stimulerait la fertilité des femmes présentes.

Le rôle de la communauté Hijra ne fut pas uniquement religieux ; les Hijras occupèrent de nombreuses fonctions dans la haute-administration sous l’Empire Moghol puis dans les sultanats musulmans, et plus particulièrement dans l’Etat d’Hyderabad. Ce serait, d’ailleurs, dans cet Etat que les fils du sultan Nizam se seraient entretués pour plaire à un.e bel.le Hijra du nom de Rahman.

 

 Pour en savoir plus, regardez et lisez :

COLSON L. & LE DAUPHIN A., « Guru, portrait d’une gamille Hijra », Tarantula, Belgique, 2015

JAFFREY Zia, The Invisibles : A tale of the Eunuchs of India, New-York, Vintage, 1996

NANDA Serena, Neither Man nor Woman : The Hijras of India

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Les fraises de la défaite

Les fraises de la défaite

La défaite française à la bataille de Waterloo fut prononcée le 18 juin 1815. Elle marqua l’exil de Napoléon Bonaparte et le glas de son Empire. Cet échec est dû à de nombreuses raisons, mais arrêtons nous aujourd’hui sur un général qui a souvent été considéré comme le principal responsable de cette fin tragique : le général de Grouchy.

Quand Napoléon Bonaparte revint de son premier exil de l’île d’Elbe le 20 mars 1815, Grouchy fut un des premiers à lui renouveler sa fidélité. Dès son retour, les grandes monarchies européennes (l’Angleterre, la Russie, l’Autriche et la Prusse) s’allièrent une seconde fois pour chasser Bonaparte du pouvoir. La coalition de ces armées devait éradiquer rapidement la menace napoléonienne. Toutefois, l’acheminement de l’ensemble des soldats devait prendre du temps si bien qu’au début du mois de juin, seules les forces armées prussiennes et anglaises étaient prêtes au combat. Conscient du peu de temps qu’il lui restait avant l’arrivée des autres armées, Napoléon décida d’attaquer directement les forces ennemies stationnées en Belgique.

Le général Grouchy fut chargé le 16 juin de suivre avec 33 0000 hommes les avancées des armées prussiennes pour les empêcher de rejoindre les soldats anglais postés vers Mont Saint Jean et dont Napoléon devait s’occuper. Grouchy suivit peut-être de trop près les indications de Napoléon et ne se rendit pas compte qu’il ne poursuivait qu’une petite partie de l’armée prussienne. Comme le craignait Napoléon, le reste de l’armée prussienne retrouva à Waterloo les forces anglaises qui luttaient déjà contre les Français.

Le 18 juin, Napoléon vit ainsi arriver à Waterloo l’armée prussienne. Grouchy et ses hommes étaient stationnés à seulement quelques kilomètres de là et pouvaient entendre les bruits des canons. Les soldats de Grouchy réalisèrent leur méprise et supplièrent leur général de suivre le son des affrontements. Malgré les insistances de son aide de camp, Grouchy refusa de bouger ses troupes, affirmant qu’il recevrait les ordres de Napoléon au moment clé. Mais pourquoi donc Grouchy refusait-il de suivre les cris des armées françaises ? La légende affirme qu’il aurait en réalité préféré finir son plat de fraises.

Car Emmanuel de Grouchy fit plus que manger des fraises

CAPELLE Béatrice & DEMORY Jean-Claude, Maréchaux d’Empire, 2008

CORNET Marc, Grouchy : la malédiction de Waterloo, l’Harmattan, Paris, 2015

LOGIE Jacques, Waterloo : l’évitable défaite, 1988

PORTIER-KALTENBACH Clémentine, Grands Z’héros de l’Histoire de France, JC Lattès, 2010

Néron, Empereur, Artiste

Néron, Empereur, Artiste

Nombreux sont ceux à connaître l’empereur romain Néron pour sa décadence et ses accès de folie. Si effectivement, dès les premières années de son règne, Néron, se présenta comme un marginal, il fut également un grand mécène, voire même, un artiste.

Formé par Sénèque et les plus grands intellectuels de l’Empire, Néron fut initié dès sa plus tendre enfance au théâtre et à la musique. Une fois empereur, il s’entourait constamment de musiciens qui le suivaient du matin au soir. Son amour pour l’art était tel qu’il décida à son tour de s’y initier. D’après les sources contemporaines, Néron aurait eu une voix « faible et sourde », c’est pour cela qu’il décida de suivre quotidiennement de nombreux exercices respiratoires et de chants. Quand il se sentit prêt, il décida de monter sur scène. Il commença à Naples et eut assez de succès pour organiser de nombreuses autres représentations théâtrales à Rome dans lesquelles il jouait le rôle principal. Néron ordonna rapidement à l’intégralité des citoyens romains d’assister à ses pièces et les interdisaient de sortir du théâtre quelle que soit la durée de la représentation.

Cette interdiction, d’après Suétone dans Vie de Néron (XXIII) ne fut toutefois pas suffisante, ainsi, à chaque pièce : « beaucoup de spectateurs, las de l’entendre et de l’applaudir, sautèrent furtivement par-dessus les murs de la ville, dont les portes étaient fermées, ou feignirent d’être morts, pour se faire emporter ».

 

 

 

Pour tout connaître sur les frasques de Néron :

CIZEK Eugen, Néron, Fayard, 1980

MARTIN Régis, Les Douze Césars, du mythe à la réalité, Les Belles Lettres, 1991

PLINE l’ANCIEN, Histoire naturelle, Livre 30

SUETONE, Vie des Douze Césars, Livre XXII ,Chap 23

Les souffrances des jeunes Romantiques ou le Werther Effect

Les souffrances des jeunes Romantiques ou le Werther Effect

 

La publication des Souffrances du Jeune Werther en 1774 par Johann Wolfgang Goethe bouleversa le monde littéraire. Le livre assura à l’auteur de 24 ans une brillante carrière et marqua profondément la littérature romantique.

L’oeuvre fut particulièrement populaire auprès de la jeunesse européenne de la fin du XVIIIème siècle. Nombreux adolescents de l’époque adoptaient les habits du héros de Goethe et récitaient des tirades entières apprises par cœur. Des années plus tard, des célébrités telles que Napoléon Bonaparte continuaient de compter l’ouvrage parmi leurs plus grandes inspirations.

Le livre eut, toutefois, une influence plus malheureuse sur le monde adolescent européen. Les mois suivant la publication du livre, une vague de suicides à l’arme à feu se développa chez les jeunes gens qui imitaient dans les plus sombres détails le suicide de leur héros Werther. Le mouvement prit une telle ampleur qu’en 1775 le livre fut interdit au Danemark et en Italie.

En 1974, le sociologue David Philipps remarqua que les suicides « par mode » étaient en réalité très fréquents. Pour désigner ainsi les hausses de suicide suite à un suicide médiatisé, il inventa le terme « Werther effect ».

Si vous voulez en savoir plus sur la sociologie du suicide et la mort chez les romantiques :

PHILIPPS D.P., The influence of suggestion on suicide : Subtantive and Theoritical Implications of the Werther Effect, State University of New York American Sociological Review, 1974

LESOURD E.,  Werther effect (sélections), Dilecta Collections, 2011

STACK S., « Suicide in the media : a quantative review of studies based on non-fictional stories », Suicide and Life-Threatening Behavior, vol n°35, 2005

Le divorce tumultueux de Jules César et Pompeia

Le divorce tumultueux de Jules César et Pompeia

La vie maritale de Jules César ne fut pas de toute tranquillité. En 62 avt J. –C., l’année de son mandat au poste de Grand Pontife, Jules César partageait sa vie avec sa deuxième épouse, Pompeia. Cette-dernière s’était, à l’époque, intimement rapprochée de Publius Clodius, un jeune romain qui venait de commencer sa carrière politique. Les deux amants peinaient, cependant, à trouver des lieux éloignés des regards indiscrets pour se rencontrer. Bien que César ne fût pas souvent dans le domicile conjugal, Pompeia était constamment surveillée par sa belle-mère, Aurelia.

Au moment de la liaison, se déroula la fête de Bona Dea. Cette célébration religieuse romaine avait lieu dans la demeure du Grand Pontife de Rome (Jules César donc). Au cours de la fête, les hommes devaient se retirer de la maison et laisser les femmes se charger du service religieux puis des divertissements pendant la nuit (étaient prévus, entre autres, le sacrifice d’une truie et des dégustations de vins). Pompeia était, en cette année de 62 avt J.-C. , la maîtresse de la fête. Profitant de l’absence de son époux et de la distraction de sa belle-mère Aurelia lors des célébrations, elle décida de faire venir Publius Clodius chez elle.

D’après Plutarque, Publius Clodius se présenta le jour de la fête déguisé en joueuse de lyre. Il rentra facilement et devait attendre la suivante de Pompeia. Impatient, il décida de partir seul à la recherche de sa bien-aimée ; dans les grands couloirs de la maison de César, il tomba face à Aurelia. Cette-dernière lui demanda son nom, et Clodius répondit, ne se rendant compte que trop tard que sa voix, trop grave, ne pouvait être féminine. Aurelia comprit la mascarade et prévint les invitées qui partirent en courant.

Le lendemain, tout Rome était au courant du scandale. La ville de Rome, représentant les dieux, traîna Clodius en justice, lui demandant compensation pour outrage. Cette affaire fut utilisée comme prétexte par l’élite romaine pour s’attaquer au jeune Clodius– notamment Luculus qui l’accusa publiquement d’inceste. César répudia directement Pompeia, mais il ne porta pas plainte contre Clodius, affirmant qu’il ne savait rien d’un quelconque adultère. Quand questionné sur les motifs de son divorce avec Pompeia si celle-ci ne lui avait pas été pas infidèle, César aurait répondit « La femme de César ne doit pas même être soupçonnée ».

L’affaire finit bien, Publius Clodius fut acquitté. César, quant à lui, ne fut pas trop attristé de son divorce et se remaria en 59 avt. J.-C. avec Calpurnia Pisonis.

 

Pour acquérir le savoir nécessaire sur Jules César :

GASTON BOISSIER Marie Louis Antoine, Cicéron et ses amis. Etude sur la société romaine du temps de César, Hachette, 1884

LINTOTT Andrew William, Violence in Republican Rome, Oxford University Press, 1968

MEIER Christian, César, Editions du Seuil, 1982

PLUTARQUE, Vies des Hommes illustres, Tome III : César, Editions Flammarion

Le Congrès brésilien

Le Congrès brésilien

Le Congrès brésilien a déjà été décrit par la presse nationale comme l’une des institutions les plus détestées du pays et ce, avant même le Coup d’Etat de 1964 et de l’installation d’un régime militaire.

En 1963, dans l’assemblée du Congrès, le sénateur Arnon de Mello tira à coup de pistolet sur un des ses collègues sénateurs. Bien que ce meurtre se déroula en présence de nombreux témoins, Arnon de Mello ne fut ni emprisonné ou sanctionné ; son mandat ne lui fut pas même retiré.

Le régime militaire brésilien, ayant pourtant affirmé qu’il tâcherait de rendre le Congrès démocratique, ne fit qu’utiliser la Chambre pour légitimer l’instauration d’un gouvernement violent et autoritaire. En 1974, un sénateur fut ainsi arrêté pour s’être opposé à la visite du chilien Pinochet au Congrès.

Récemment encore, le Congrès brésilien continua de susciter les foudres populaires. En 1998, un membre du Congrès bloqua l’ensemble du gouvernement brésilien en appuyant, accidentellement, sur le mauvais bouton lors du vote de la loi du budget. En 2013, presque un tiers des sénateurs brésiliens devaient faire face à des poursuites menées par la Cour Suprême.

Si corrompus soient ils, nous ne pouvons enlever aux sénateurs brésiliens leur sens de la fête aussi ont-ils, en avril 2016, lors du vote de l’impeachment de la présidente Dilma Rousseff, sortis les confettis et sarbacanes.

 

 

Pour en savoir plus sur le Congrès brésilien

JORDAN Lucy, HORTA MORICIONI Lis, Public Rage Catching up With Brazil’s Congress, The New York Times, 28 juin 2013

PEREIRA A., Political (In)justice : Authoritarianism and the Rule of Law in Brazil, Chile, and Argentina, 2005

SCHWARTZ, R. «  Brazilian Culture : Nationalism by Elimination », in Misplaced Ideas : Essays on Brazilian Culture, 1992

Kubrick et Kurosawa

Kubrick et Kurosawa

L’histoire c’est chouette et parfois, l’histoire, bien que courte et chouette, peut nous marquer profondément; la relation qu’entretinrent les deux réalisateurs Stanley Kubrick et Akira Kurosawa fait partie de ces belles et courtes histoires.

Kubrick admirait et aimait profondément les films et la personne de Kurosawa. Kurosawa ressentait la même chose pour Kubrick et son œuvre. Un jour, le réalisateur japonais, qui était alors assez âgé, voulut partager le respect et l’amour qu’il éprouvait pour son comparse américain.

Stanley Kubrick fut frappé par la lettre de Kurosawa. Il fut incapable de trouver une réponse à la hauteur de celle rédigée par l’homme qu’il admirait tant. Il déchirait tous les brouillons. Il parvint finalement, au bout de plusieurs mois, à écrire un message qui lui convenait. Cependant, quelques jours après avoir envoyé sa lettre, Kubrick apprit qu’Akira Kurosawa était déjà mort.