Auguste et le mariage

Auguste et le mariage

Lorsqu’Octave devient Auguste et instaure le principat, une de ses mesures politiques majeures consiste en la réforme des mœurs sexuelles et celle du mariage. La fin de la République est marquée par une certaine tendance à la décadence des mœurs chez les citoyens romains. L’adultère est une pratique courante dans la cité, les femmes aussi s’y adonnaient. L’amante de Catulle, par exemple, qu’il nomme sous le pseudonyme de Lesbia dans ses Carmina, est une femme mariée de famille noble qui entretient des relations avec plusieurs amants.

À son arrivée à la tête de l’Empire, Auguste instaure pour palier à ces mœurs décadentes les Lois Juliennes qui obligent les citoyens romains à se marier et condamnent sévèrement l’adultère. La femme citoyenne mariée doit être, selon le Prince, à l’image des matrones de la République Romaine archaïque : Casta, Lanificia, Domiseda (chaste, filant la laine, gardienne du foyer). Auguste voulant rétablir les valeurs de la Rome archaïque, le mariage prend une très grande importance et sera la pierre angulaire de la société pendant son principat.

C’est pourquoi il est intéressant de se pencher sur la vie conjugale d’Octave Auguste. En effet on lui prête souvent des mœurs irréprochables, en harmonie avec la morale qu’il prône. Cependant il divorce de sa seconde épouse car elle ne lui a donné qu’une fille et de mauvaises mœurs dont il avait honte. Suite à ce divorce il force Livie à se séparer de son mari Tibérius Néron avec qui elle avait déjà deux enfants : Tibère et Drusus. Auguste se marie avec Livie, adopte les deux enfants et évince complètement Tibérius. Il fait passer cet acte autoritaire pour un acte légitime. Cependant il y a une contradiction entre la valeur indissoluble du mariage portée par les lois Juliennes et le véritable aménagement qu’Auguste opère dans sa vie conjugale. Cet aménagement est, de surcroît, calculé pour lui donner des héritiers masculins de bonne famille et potentiellement de bonnes mœurs ainsi qu’une image de modèle patriarcal. De plus, Suétone dans La Vie des douze Césars affirme qu’ « il aimait surtout les vierges et que Livie continuait à lui en procurer de toutes parts ». L’image de vertu qu’Auguste veille à donner de lui et de sa famille semble, à en croire l’historien, en contradiction avec la réalité de sa vie privée. On comprend mieux ainsi pourquoi Auguste est parfois controversé et qualifié d’hypocrite, d’autant plus qu’il a exilé et renié sa propre fille et sa petite fille à cause, précisément, de leurs mœurs jugées mauvaises selon la morale de son principat, qu’il ne respecte pas lui même.

Louise Germain

BIBLIOGRAPHIE

 Suétone, La Vie des Douze Césars

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La mort de Pompée

La mort de Pompée

Pompée, César et Crassus formaient le premier triumvirat. Les imperators bien qu’alliés à l’origine, deviennent peu à peu rivaux et se disputent le pouvoir, chacun convoitant le titre de dictateur. Leur rivalité marque un temps fort dans les guerres civiles romaines.

Crassus meurt lors de la bataille de Carrhes contre les Parthes, le triumvirat en est fragilisé et l’alliance entre César et Pompée s’étiole, leur jalousie mutuelle aboutit à une guerre civile. Celle-ci commence lorsqu’en 49 avant JC, César traverse le Rubicon en armes et entame une marche sur Rome suivi de son armée, ce qui est perçu par le Sénat comme une déclaration de guerre. Les sénateurs nomment alors Pompée imperator des légions romaines contre César.

Après plusieurs épisodes de guerre civile, Pompée et César s’affrontent lors de la bataille de Pharsale, en Thessalie. La victoire écrasante des légions de César met son rival en fuite. Celui-ci part chercher du refuge et de l’aide en Egypte auprès du jeune pharaon Ptolémée XIII. L’imperator compte sur la reconnaissance du pharaon car il avait remis son père sur le trône d’Egypte. Cependant l’impopularité de Pompée aux yeux de tout l’empire romain a poussé le pharaon et ses conseillers à montrer leur soutien à Jules César dont la victoire définitive était proche. Ptolémée fait donc preuve de zèle et fait assassiner lâchement Pompée dès qu’il met un pied sur la terre d’Egypte. On lui coupe la tête lâchement sans offrir de sépulture à son corps malgré son haut rang militaire.

Jules César pourchassait Pompée afin de le vaincre et de mettre un terme à la guerre. Il le suit donc jusqu’en Egypte où il est accueilli par Ptolémée avec un cadeau de bienvenue hors du commun : la tête de Pompée. Le jeune pharaon s’attendait à ce que César lui soit reconnaissant et lui donne les privilèges qu’il mérite pour lui avoir rendu ce service. Mais à l’inverse il déclencha une grande colère chez César qui prit comme une injure à la citoyenneté romaine le fait d’assassiner aussi bassement un général de renom. Dans sa colère, César tue Ptolémée et met sur le trône sa sœur qui n’est autre que la fameuse Cléopâtre.

Cet épisode des guerres civiles illustre bien la conception romaine de la guerre, qui valorise le respect pour les militaires méritants et plus largement pour les citoyens romains. La cruauté n’est pas toujours le mot d’ordre dans les conflits romains : le respect de César pour les valeurs romaines dépasse même sa rivalité politique avec Pompée.

Louise Germain

 

BIBLIOGRAPHIE

Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin, Yoann Le Bohec, Histoire romaine, P.U.F.

L’introduction de la rhétorique grecque à Rome

L’introduction de la rhétorique grecque à Rome

La rhétorique n’était pas une discipline répandue dans la Rome antique traditionnelle. Les orateurs proclamaient des discours mais la rhétorique grecque n’était pas enseignée en tant que telle. L’attrait du peuple romain pour la rhétorique grecque est grandissant au fil du temps mais les débuts de son expansion dans la cité rencontrent des difficultés.

En 155 avt J.-C., la Grèce décide d’envahir une cité étrangère voisine afin d’agrandir son territoire ; cependant elle est déjà soumise au protectorat romain qui l’empêche strictement de faire la guerre en son nom. L’initiative des Grecs étant de ce fait illégale, ils doivent payer une amende à Rome. Mais la Grèce n’accepta pas sa peine docilement : elle envoya trois ambassadeurs à Rome pour plaider sa cause. L’un faisait partie de l’Académie de Platon, l’autre du Lycée d’Aristote et le dernier était un stoïcien venu du Portique. Dès leur arrivée ils montrent leur éloquence et leur goût pour la philosophie à la cité, en prononçant des discours sur la place publique au vu et au su de tous. Ils rencontrent un franc succès et acquièrent une réputation extraordinaire. Les jeunes romains ayant un goût pour l’étude sont sous le charme de cet art de la parole et admirent ces nouveaux talents d’érudition. Les trois ambassadeurs négocient avec les sénateurs une réduction de leur peine : ils commencent par un discours élogieux sur la justice, qui ne manque pas de plaire aux latins, et finissent par un blâme de celle-ci, qui relativise la légitimité de leur punition.

Les plus traditionnels d’entre eux dont Caton l’Ancien, censeur en -184, sont terrifiés du pouvoir sophiste de ces éloquents rhéteurs. Ils voient en leur parole un danger pour les valeurs de la République qui sont sans appel ainsi que pour les principes éducatifs romains qui consistent jusque là en une transmission du père au fils et non d’un philosophe à une assemblée. Malgré leur popularité dans la cité, Caton l’Ancien les somme de quitter le pays mais les ambassadeurs grecs obtiennent du Sénat une réduction de moitié de leur amende. Caton craignait une tendance philhellénique (Amour excessif pour la Grèce) du peuple romain et retarda l’arrivée des écoles de rhétorique à Rome. Il avait également peur que l’arrivée de cette discipline provoque le chaos dans l’organisation sociale romaine basée sur le patronnat : la dépendance des clients (des hommes de basse condition) dépendant d’un patron (un homme de bonne condition et de bonne situation) à qui ils doivent des services et des biens en échange d’une protection judiciaire des patrons qui se porteraient garant d’eux devant les assemblées législatives en cas de jugement. Si la rhétorique se démocratise à Rome, les clients pourraient se défendre seuls et ne plus rien devoir aux patrons. Pour toutes ces raisons, des lois ont obligé les romains à ne pratiquer cette discipline qu’en grec, les premières écoles qui l’ont pratiquée en latin ont ouvert en 93 puis ont été immédiatement réprimées par les censeurs une fois de plus.

Les cultures grecques et romaines ne se sont pas toujours influencées sans problèmes, il y a même une forte opposition entre les valeurs traditionnelles romaines : agricoles, frugales, modestes et celles des grecs : la beauté égale à la bonté (kalos kagathos), le raffinement, les arts… Ces oppositions ont donné lieu à de nombreux chocs culturels comme celui-ci et à des mutations importantes de la société romaine tout au long de l’Antiquité.

Louise Germain

César controversé

César controversé

L’image du premier homme à avoir reçu le titre de dictateur à vie de l’Empire est plus que reluisante de nos jours, on voit en Jules César un grand homme craint et respecté qui soumettait glorieusement les barbares. Malgré cela certains auteurs comme Catulle par exemple, nous donnent à penser un tout autre aspect de cet homme qui fut contesté plus d’une fois et qui fut même l’objet de diffamations graves.

Il faut se remettre en tête que le graffiti ne date pas d’hier mais était un art largement répandu dans l’antiquité, c’était même l’outil favori des détracteurs des hommes politiques. César n’y a donc pas échappé et a inspiré un de ces tagueurs en toge. En effet on a pu lire sur les murs ces mots écrits en vers (bien sûr le romain graffait avec style) : « César est l’homme de toutes les femmes et la femme de tous les maris. ».Cette calomnie est la traduction d’une rumeur qui circulait dans la cité, selon laquelle César avait des relations homosexuelles.

Cependant, l’homophobie n’existait pas dans l’antiquité comme nous la connaissons aujourd’hui, c’était à l’époque bien plus subtile que cela. Les relations homosexuelles faisaient parties des habitudes courantes des hommes chez les Grecs et les Romains. Mais chez les Romains, des règles strictes encadraient ces relations : elles étaient tolérées si la personne « dominante » était un homme libre adulte et le « dominé », un homme de plus basse condition nécessairement, un esclave par exemple. De ce fait, jamais un homme libre et citoyen Romain ne pouvait « être la femme de tous les maris ». Jules César a donc été humilié publiquement pour avoir été dominé sexuellement par un homme d’un rang moins élevé que lui. C’est ce que rappelle élégamment Catulle dans le poème XXIX de son recueil Carmina où il cite à plusieurs reprises un ancêtre de César en ces termes pour le moins crus : « Romulus, enculé ». Le poète insulte l’ancêtre légendaire de César (il fait une analogie entre les deux hommes) et fondateur de Rome, il rabaisse donc toute la lignée et défie le respect traditionnel des Romains pour les ancêtres (ils les divinisaient sous le nom de dieux lares). Catulle va même plus loin en le traitant de « pipeur » ; comment être plus limpide ?

Ces attaques du poète portent un témoignage de l’opinion que certaines personnes avaient du célèbre imperator, ce qui contraste et rend plus humaine la figure de dictateur incontesté et respecté. L’opinion publique menait déjà la vie dure aux politiciens même ceux ayant droit absolu de vie ou de mort sur tout le monde.

Louise Germain