Les empereurs de Chine et la Lune

Les empereurs de Chine et la Lune

Aucune des histoires ici racontées n’a été vérifiée ; il est très probable qu’elles soient toutes le fruit d’une imagination trop fertile. Ces légendes urbaines sont pourtant tenaces et nourrissent la mythologie des premiers hommes à avoir réellement marché sur la Lune.

La première histoire porte sur un empereur chinois de la dynastie Song du XIIIème siècle qui aurait décidé d’explorer lui-même l’astre plutôt que de se contenter de le regarder. Il se serait, pour ce faire, attaché à son trône sur lequel il aurait déposé une importante quantité de poudre. Grace à ce procédé, il entendait se propulser par l’explosion jusqu’à la Lune. Malheureusement, la poudre une fois allumée, le vaisseau royal n’aurait pas décollé d’un centimètre et le tout brula.

La deuxième légende est similaire. Plus tard, au XVIème siècle, l’Empereur Wan Hu des Mings aurait également voulu visiter la Lune. Ne voulant pas répéter l’erreur de son prédécesseur, Wan Hu aurait décidé de lier son trône à des fusées plutôt que d’y verser directement la poudre. Par rapport à l’empereur Song, le projet de Wan Hu connut quelques avancées ; le trône de l’empereur décolla mais il finit inéluctablement par bruler. En l’honneur de ce légendaire Wan Hu, un cratère de la Lune fut rebaptisé en son nom.

La mort de Pompée

La mort de Pompée

Pompée, César et Crassus formaient le premier triumvirat. Les imperators bien qu’alliés à l’origine, deviennent peu à peu rivaux et se disputent le pouvoir, chacun convoitant le titre de dictateur. Leur rivalité marque un temps fort dans les guerres civiles romaines.

Crassus meurt lors de la bataille de Carrhes contre les Parthes, le triumvirat en est fragilisé et l’alliance entre César et Pompée s’étiole, leur jalousie mutuelle aboutit à une guerre civile. Celle-ci commence lorsqu’en 49 avant JC, César traverse le Rubicon en armes et entame une marche sur Rome suivi de son armée, ce qui est perçu par le Sénat comme une déclaration de guerre. Les sénateurs nomment alors Pompée imperator des légions romaines contre César.

Après plusieurs épisodes de guerre civile, Pompée et César s’affrontent lors de la bataille de Pharsale, en Thessalie. La victoire écrasante des légions de César met son rival en fuite. Celui-ci part chercher du refuge et de l’aide en Egypte auprès du jeune pharaon Ptolémée XIII. L’imperator compte sur la reconnaissance du pharaon car il avait remis son père sur le trône d’Egypte. Cependant l’impopularité de Pompée aux yeux de tout l’empire romain a poussé le pharaon et ses conseillers à montrer leur soutien à Jules César dont la victoire définitive était proche. Ptolémée fait donc preuve de zèle et fait assassiner lâchement Pompée dès qu’il met un pied sur la terre d’Egypte. On lui coupe la tête lâchement sans offrir de sépulture à son corps malgré son haut rang militaire.

Jules César pourchassait Pompée afin de le vaincre et de mettre un terme à la guerre. Il le suit donc jusqu’en Egypte où il est accueilli par Ptolémée avec un cadeau de bienvenue hors du commun : la tête de Pompée. Le jeune pharaon s’attendait à ce que César lui soit reconnaissant et lui donne les privilèges qu’il mérite pour lui avoir rendu ce service. Mais à l’inverse il déclencha une grande colère chez César qui prit comme une injure à la citoyenneté romaine le fait d’assassiner aussi bassement un général de renom. Dans sa colère, César tue Ptolémée et met sur le trône sa sœur qui n’est autre que la fameuse Cléopâtre.

Cet épisode des guerres civiles illustre bien la conception romaine de la guerre, qui valorise le respect pour les militaires méritants et plus largement pour les citoyens romains. La cruauté n’est pas toujours le mot d’ordre dans les conflits romains : le respect de César pour les valeurs romaines dépasse même sa rivalité politique avec Pompée.

Louise Germain

 

BIBLIO

– Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin, Yoann Le Bohec, Histoire romaine, P.U.F.

Les souffrances des jeunes Romantiques ou le Werther Effect

Les souffrances des jeunes Romantiques ou le Werther Effect

 

La publication des Souffrances du Jeune Werther en 1774 par Johann Wolfgang Goethe bouleversa le monde littéraire. Le livre assura à l’auteur de 24 ans une brillante carrière et marqua profondément la littérature romantique.

L’oeuvre fut particulièrement populaire auprès de la jeunesse européenne de la fin du XVIIIème siècle. Nombreux adolescents de l’époque adoptaient les habits du héros de Goethe et récitaient des tirades entières apprises par cœur. Des années plus tard, des célébrités telles que Napoléon Bonaparte continuaient de compter l’ouvrage parmi leurs plus grandes inspirations.

Le livre eut, toutefois, une influence plus malheureuse sur le monde adolescent européen. Les mois suivant la publication du livre, une vague de suicides à l’arme à feu se développa chez les jeunes gens qui imitaient dans les plus sombres détails le suicide de leur héros Werther. Le mouvement prit une telle ampleur qu’en 1775 le livre fut interdit au Danemark et en Italie.

En 1974, le sociologue David Philipps remarqua que les suicides « par mode » étaient en réalité très fréquents. Pour désigner ainsi les hausses de suicide suite à un suicide médiatisé, il inventa le terme « Werther effect ».

Si vous voulez en savoir plus sur la sociologie du suicide et la mort chez les romantiques :

PHILIPPS D.P., The influence of suggestion on suicide : Subtantive and Theoritical Implications of the Werther Effect, State University of New York American Sociological Review, 1974

LESOURD E.,  Werther effect (sélections), Dilecta Collections, 2011

STACK S., « Suicide in the media : a quantative review of studies based on non-fictional stories », Suicide and Life-Threatening Behavior, vol n°35, 2005

Le divorce tumultueux de Jules César et Pompeia

Le divorce tumultueux de Jules César et Pompeia

La vie maritale de Jules César ne fut pas de toute tranquillité. En 62 avt J. –C., l’année de son mandat au poste de Grand Pontife, Jules César partageait sa vie avec sa deuxième épouse, Pompeia. Cette-dernière s’était, à l’époque, intimement rapprochée de Publius Clodius, un jeune romain qui venait de commencer sa carrière politique. Les deux amants peinaient, cependant, à trouver des lieux éloignés des regards indiscrets pour se rencontrer. Bien que César ne fût pas souvent dans le domicile conjugal, Pompeia était constamment surveillée par sa belle-mère, Aurelia.

Au moment de la liaison, se déroula la fête de Bona Dea. Cette célébration religieuse romaine avait lieu dans la demeure du Grand Pontife de Rome (Jules César donc). Au cours de la fête, les hommes devaient se retirer de la maison et laisser les femmes se charger du service religieux puis des divertissements pendant la nuit (étaient prévus, entre autres, le sacrifice d’une truie et des dégustations de vins). Pompeia était, en cette année de 62 avt J.-C. , la maîtresse de la fête. Profitant de l’absence de son époux et de la distraction de sa belle-mère Aurelia lors des célébrations, elle décida de faire venir Publius Clodius chez elle.

D’après Plutarque, Publius Clodius se présenta le jour de la fête déguisé en joueuse de lyre. Il rentra facilement et devait attendre la suivante de Pompeia. Impatient, il décida de partir seul à la recherche de sa bien-aimée ; dans les grands couloirs de la maison de César, il tomba face à Aurelia. Cette-dernière lui demanda son nom, et Clodius répondit, ne se rendant compte que trop tard que sa voix, trop grave, ne pouvait être féminine. Aurelia comprit la mascarade et prévint les invitées qui partirent en courant.

Le lendemain, tout Rome était au courant du scandale. La ville de Rome, représentant les dieux, traîna Clodius en justice, lui demandant compensation pour outrage. Cette affaire fut utilisée comme prétexte par l’élite romaine pour s’attaquer au jeune Clodius– notamment Luculus qui l’accusa publiquement d’inceste. César répudia directement Pompeia, mais il ne porta pas plainte contre Clodius, affirmant qu’il ne savait rien d’un quelconque adultère. Quand questionné sur les motifs de son divorce avec Pompeia si celle-ci ne lui avait pas été pas infidèle, César aurait répondit « La femme de César ne doit pas même être soupçonnée ».

L’affaire finit bien, Publius Clodius fut acquitté. César, quant à lui, ne fut pas trop attristé de son divorce et se remaria en 59 avt. J.-C. avec Calpurnia Pisonis.

 

Pour acquérir le savoir nécessaire sur Jules César :

GASTON BOISSIER Marie Louis Antoine, Cicéron et ses amis. Etude sur la société romaine du temps de César, Hachette, 1884

LINTOTT Andrew William, Violence in Republican Rome, Oxford University Press, 1968

MEIER Christian, César, Editions du Seuil, 1982

PLUTARQUE, Vies des Hommes illustres, Tome III : César, Editions Flammarion

La terrible Nzinga

La terrible Nzinga

Nzinga fut reine du Ndongo et du Matamba, deux Etats situés dans l’actuel Angola. Sept ans avant la naissance de Nzinga, c’est-à-dire en 1575, le royaume du Ndongo fut conquis par les armées portugaises. La Couronne s’établit dans un comptoir à Luanda où missionnaires et marchands d’esclaves transitaient vers le reste de l’Empire portugais. Le père de Nzinga avait tenté de repousser l’invasion, en vain. Il s’engagea dans un conflit long et violent.

Nzinga grandit dans ce contexte de guerre constante. Dès son adolescence, elle se fit remarquer par ses ainés et son père pour son courage lors des batailles. Certains l’envisagèrent même pour succéder au roi. Ce fut toutefois le frère de Nzinga, Ngola, qui hérita du trône des deux royaumes. Inquiet de l’influence de sa sœur, Ngola ordonna le meurtre du nouveau-né de Nzinga pour l’inciter à quitter la capitale du royaume, ce qu’elle fit. Ngola continua les offensives menées précédemment par son père, mais il était incapable de résister aux contre-attaques portugaises ; il perdait la guerre. Les conseillers du roi exigèrent le retour de sa sœur, celle-ci ayant déjà prouvé ses qualités de chef militaire et de diplomate.

Sachant lire, parler et écrire portugais, Nzinga fut envoyée comme représentante des deux royaumes à une conférence de paix à Luanda. La légende dit que lors des pourparlers, le gouverneur portugais n’offrit pas de siège à Nzinga, la forçant à s’asseoir à même la terre. Cette dernière refusa et s’assit sur sa servante qui était, elle, à quatre-pattes. Les échanges furent fructueux. Le gouverneur accepta la paix et la reconnaissance de la souveraineté des royaymes du Ndongo et Matamba en échange de l’ouverture d’une route commerciale exclusive aux marchands portugais. En signe de bonne foi, Nzinga se convertit au catholicisme (elle prit alors le nom d’Ana de Sousa).

Les nombreuses missives échangées entre Nzinga et les officiers portugais n’empêchèrent pas ces derniers de relancer les offensives. Au cours de cette période, le roi mourut, officiellement par suicide. Son fils héritier fut rapidement assassiné et remplacé par Nzinga. Si cela n’est toujours pas entièrement vérifié, il reste très probable que ces deux morts aient été ordonnées par Nzinga.

Une fois reine, Nzinga unifia une grande partie des deux royaumes, et s’entoura d’un Etat-major principalement féminin. En 1641, elle s’allia avec les Pays-Bas pour poursuivre la lutte contre le Portugal. L’aide néerlandaise lui permit d’enchaîner des victoires décisives face aux Portugais. Jusqu’à ses 60 ans, Nzinga menait elle-même ses soldats sur les champs de bataille, surnommée « la reine dont la flèche trouve toujours son but ». Une paix stable avec la monarchie portugaise fut finalement établie en 1657, Nzinga mourut quelques temps après.

 

 

Si vous avez apprécié la force de la reine Nzinga

DEVEAU Jean-Michel, La reine Nzinga et l’Angola au XVIIème siècle, Karthala, Paris, 2015

CASTILHON M.L., Jean-Louis, Nzinga, reine d’Angola, 1769

KAKE I.B., Anne Nzinga, Reine d’Angola, Editions ABC, Paris, 1975

MASIONI Pat/ UNESCO La reine Nzinga (http://unesdoc.unesco.org/images/0023/002301/230103e.pdf)

La marine portugaise

La marine portugaise

Au début du XVIIème siècle, les portugais étaient présents sur la quasi totalité du globe : au Brésil et dans des villes le long des côtes africaines et asiatiques. En 1600, près de 16 000 portugais vivaient en Asie. L’Empire portugais s’était constitué progressivement au cours du XVème et du XVIème siècle et devait garantir un accès direct aux épices asiatiques. Depuis la prise de Constantinople en 1453, le seul moyen possible pour les Européens de se les procurer était de commercer avec la Sublime Porte, les turcs de l’Empire Ottoman. Cette situation ne satisfaisait pas les monarchies catholiques qui se donnèrent rapidement pour mission d’accéder aux épices sans passer par les commerçants musulmans.

Mais la Couronne portugaise restait confrontée à un problème. Son économie reposait sur une agriculture rudimentaire, sa marine et ses navires étaient inexistants. Comment le Portugal pouvait, sans force navale, conquérir le trafic des épices en Asie ?

Le roi portugais trouva une solution. Il décida de recruter des prisonniers pour que ceux-ci rejoignent sa marine : ils demanderaient toujours moins que des mercenaires étrangers. Une grande majorité des prisonniers acceptèrent, sans grande surprise, l’offre royale. Grâce à l’argent économisé par ses prisonniers reconvertis, l’Empire portugais put construire des navires et s’étendre sur tous les continents. Mais ces prisonniers étaient aussi dérangeants. Ils ne respectaient aucune discipline : ils mangeaient toutes les réserves de nourriture, buvaient trop et arrivaient en retard sur les champs de bataille.

Un des exemples les plus marquants de leur mauvaise conduite reste l’accident de Damao. Damao était une forteresse portugaise située dans l’actuel Gujarat en Inde. En 1649, cette colonie fut attaquée par des pirates qui voulaient dévaliser les biens de la cathédrale. Les pirates étaient venus armés et prêts à lutter en cas de résistance des officiers portugais. Cependant, quand ils arrivèrent, ils trouvèrent la ville vide. Profitant de cette chance inespérée, les pirates prirent le trésor et s’enfuirent rapidement. Mais comment se faisait-il que cette ville – un des plus grands forts des portugais- fût laissée sans défense ? En réalité, Damao n’avait pas été abandonnée par les officiers. Ces derniers s’étaient simplement retirés dans les sous-sols de leur caserne pour faire la sieste. Ainsi, Les officiers avaient dormi tout le long de la terrible invasion pirate. Ils se réveillèrent dans une ville dévalisée. 

Si vous voulez en savoir plus sur les Portugais :

BOUCHON Geneviève, l’Asie du Sud à l’époque des grandes découvertes, Archipel, 1987

De CHANDEIGNE Michel, Lisbonne hors les murs, 1415-1580, l’invention du monde par les navigateurs portugais, Autrement, 1992

GLETE Jan, Warfare at sea (1500-1650) : Maritime Conflicts and the Transformation of Europe, Routledge, 2000

HAUDRERE Philippe, Les Compagnies des Indes Orientales ou Trois siècles de rencontre entre Orientaux et occidentaux, Editions Desjonqueres, 2006

SUBRAHMANYAM Sanjay, Empire portugais d’Asie (1500-1700) : histoire politique et économique, Maisonneuve & Larose, 1999

Félix Faure et la Pompe Funèbre

Félix Faure et la Pompe Funèbre

 

Félix Faure, président de la IIIème République française de 1895 à 1899, n’exerça pas un mandat exceptionnel. Il fut, toutefois, l’unique président à mourir au sein du Palais de l’Elysée le 16 février 1899 (ce que nous pourrions qualifier d’assez exceptionnel).

Depuis 1897, le Président Félix Faure entretenait une liaison extra-conjugale avec la jeune Marguerite Steinheil qu’il faisait fréquemment venir dans son salon du palais présidentiel. Marguerite Steinheil était pourtant une femme mariée, mais le Président avait, pour calmer la jalousie du mari, fait de ce-dernier le peintre officiel de la IIIème République.

 Ce tragique 16 février 1899, Félix Faure avait donné un habituel rendez-vous à sa maitresse dans son cabinet. Avant de la rejoindre, le Président aurait pris un excitant qui lui fut fatal. Peu de temps après que les portes se fussent fermées, des cris sortirent de la pièce. Les domestiques de l’Elysées y rentrèrent immédiatement et découvrirent le Président pris d’un arrêt cardiaque et Marguerite Steinheil tentant de se rhabiller. Felix Faure mourut quelques heures plus tard.

 La nouvelle se répandit rapidement et, dès le lendemain, de nombreux journaux étalaient les détails de la mort du Président, d’après le Journal du Peuple, car il se serait « trop sacrifié à Vénus ». Les médisances insistaient surtout sur le fait que ce fut lors d’une fellation que le Président succomba. A ce sujet, Georges Clémenceau aurait noté froidement : «  Il voulait être César, il ne fut que Pompée ».

Si cette histoire fut fatale pour le Président, elle voulut à Marguerite Steinheil une réputation mondiale. Surnommée par les milieux mondains « La Pompe Funèbre », Marguerite Steinheil eut de nombreux autres amants célèbres comme le politicien français Aristide Briand ou encore le roi du Cambodge.

 

Si vous voulez tout connaître sur Félix Faure et sa maitresse

BLUYSEN P., Felix Faure intime, Juven Editeur, Paris, 1898

DARMON P., Marguerite Steinheil, ingénue criminelle ?, Perrin, Pari, 1996

FAURE F., Journal à l’Elysée (1895-1899), Editions des Equateurs, 2009

LANOUX A., Madame Steinheil ou la Connaissance du Président, Grasset, Paris, 1983